Développement du lac Héroux et du lac des Six

La petite histoire de Saint-Boniface nous apprend que nos ancêtres Solyme Caron et Justin Gélinas, en venant s’installer dans ce coin de pays du canton de Shawénégan en 1852, ne se doutaient sans doute pas que les berges de ces lacs perdus en forêt, situés au nord du chemin de fer projeté et aux confins de la paroisse voisine de Saint-Mathieu, allaient un jour servir d’assises à plus d’une centaine de riverains désireux de vivre au bord de l’eau.

Les frères Vivian et Charles Burrill avaient construit un petit moulin à scie sur le lot 155, aux confins du 6e Rang nord, en 1893. En 1905, MM. Jos Bourassa et Joseph Lord ont racheté le petit moulin à scie des Burrill pour le relocaliser à Sainte-Flore.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, on coupait du bois sur ces terres et on le transportait par la suite à la nouvelle scierie des Burrill située dans le 3e Rang de Saint-Boniface.

Plusieurs résidents de Saint-Boniface possédaient des terres à bois autour de ces lacs et venaient y couper leur bois de chauffage. Parmi ces gens-là, il y avait les Aucoin, St-Onge, Lafond, Carle, Giguère, Guillemette, Blais, Houle, etc. Ceux qui ne possédaient pas de terre à bois pouvaient couper gratuitement leur bois de chauffage dans des lots appelés les lots des enfants.

 

Les lots des enfants

L’histoire des lots des enfants remonte à 1913 alors que deux compagnies, Canada Realty et Shawinigan Falls Construction and Realty, propriétaires des lots 147-148-150-151-152-153-154-291 demi-nord – 299-300-301 et 302 du premier cadastre de Saint-Boniface, procèdent à la subdivision sur papier et non sur le terrain, de ces lots et font enregistrer leur plan au Service du cadastre du Québec. Ces douze terres à bois, impropres à la culture, furent officiellement subdivisées en plus de 7 000 petits terrains, avec chemins projetés pour y accéder. À titre d’exemple, le lot 300, qui avait comme tous les autres une superficie de 100 acres, fut subdivisé en 686 terrains. Une partie de ces terrains a été vendue à des gens de Montréal et des États-Unis, sans autre contrat qu’un simple reçu. Les vendeurs faisant, semble-t-il, miroiter la proximité de leur projet avec les chutes de Shawinigan. Ces ventes, sans enregistrement, ne pouvaient par la suite apparaître au rôle d’évaluation de la municipalité, si bien qu’à compter de 1914, aucune taxe ni répartition n’ont pu y être prélevées par la municipalité ou la fabrique.

Les propriétaires de ces terrains sans bornes, ne pouvaient faire valoir leurs droits et poursuivre leurs voisins ou qui que ce soit, pour empiètement ou dommage-intérêt. L’indivision sur le terrain entraînait la confusion et le désordre. Le peu de valeur des terrains et le très grand nombre de propriétaires rendaient le bornage économiquement impossible. De plus, le fait de ne pas payer ses taxes peut être interprété avec le temps comme un abandon de ses droits de propriété. Devant cette situation, les gens ont adopté sur ces lots, petit à petit, des comportements d’enfants, c’est-à-dire sans règles définies et strictes. L’un allait y chercher son sapin de Noël, l’autre son bois de chauffage ou ses piquets de cèdre, etc., d’où viendrait l’expression « lots des enfants » ; expression peut-être unique à Saint-Boniface.

Il y avait aussi plusieurs terres et terrains qui appartenaient à des inconnus, des étrangers à ce qu’on disait, plusieurs étant de descendance belge et reliés de près ou de loin aux Belges qui avaient implanté l’usine Belgo à Shawinigan. Cependant, plusieurs d’entre eux omettaient d’acquitter leurs comptes de taxes municipales. De plus les limites géographiques de ces terres étaient impossibles à définir avec exactitude.

 

Lac Héroux

Le maire Léo-Paul Janelle entre en scène

Depuis quelques années déjà, le maire Janelle, avec l’appui de son conseil municipal et de plusieurs résidents, songeait à acquérir ces terres pour en faire un développement qui favoriserait l’accès à ces lacs perdus en forêt. Il tira les ficelles nécessaires pour que l’Assemblée nationale du Québec consente à passer une loi (Loi 174) autorisant la municipalité à prendre possession de toutes les terres dont les taxes n’avaient pas été payées depuis longtemps. On confia la tâche de cadastrer tous ces lots aux limites incertaines à l’arpenteur-géomètre Roger Gélinas.

Le travail de M. Gélinas déboucha sur une cause majeure de bornage avec les propriétaires des terres environnantes dont MM. Jules Giguère, Rémi Lafond, Edmond Blais. Aidés des conseils de Mme Florence Carle, qui possédait des connaissances étonnantes en droit, ce petit groupe a gagné son point contre la municipalité et l’arpenteur expert Gélinas.

Par la suite, un avis public fut lancé à toute la population locale et des environs, annonçant la vente aux enchères de plusieurs terrains en bordure du lac Héroux et du lac des Six. Le 23 septembre 1968, une foule nombreuse se rendit à l’invitation du maire Janelle et 34 personnes firent l’acquisition d’un terrain pour un montant total de 29 000 $, une somme importante pour l’époque. Le prix de départ des terrains du lac Héroux était de 900 $ et de 500 $ au lac des Six parce qu’aucun chemin n’y était alors disponible ni projeté. Seul un quai public devait desservir les futurs propriétaires. La vente des terrains était assortie d’une amende de non construction de 15 $ par année.

Au fil des années, il y aura d’autres mises aux enchères et plusieurs autres emplacements trouveront preneurs.

En 1968, la route ne se rendait qu’à la petite rivière Yamachiche appelée la petite Machiche. L’année suivante, la municipalité fit appel aux bons offices de M. Émile Paquin, un citoyen qui avait acquis une solide expérience en construction de routes et de ponts en travaillant pour la firme Marchessault, pour construire un pont au- dessus de la petite Machiche. Avec l’aide de concitoyens et d’employés payés par le programme fédéral des travaux d’hiver, un petit pont fut construit et s’avéra d’une solidité étonnante puisqu’il est toujours en place aujourd’hui alors que plusieurs poids lourds ont testé sa solidité au fil des ans. Ayant franchi la rivière, la route fut d’abord complétée jusqu’à l’extrémité du lac Héroux et ensuite jusqu’au lac des Six. MM. Maurice Houle et Yvon Hould furent les premiers à se construire un chalet autour de ces lacs et ils le firent sans l’aide de l’électricité. Ils se chauffaient au bois durant l’hiver et s’éclairaient au gaz propane. Par la suite, au début des années 1970, Hydro-Québec apporta l’électricité et plusieurs autres chalets et résidences furent construits autour des deux lacs. Actuellement, il y en a plus d’une centaine.

M. Camille A Gélinas fut employé par la municipalité et son travail consistait à veiller à ce que les installations sanitaires soient conformes aux règlements alors en vigueur. Il agissait aussi comme personne-ressource et représentant officiel de la municipalité en lien avec les nouveaux propriétaires et les éventuels acheteurs.

 

Pierre H. Vincent développe le lac des Six et le lac des Îles

Pierre H. Vincent, qui possédait plusieurs terres autour du lac des Six et du lac des Îles, décida, à la fin des années 1990, de les faire cadastrer et de les vendre sous la raison sociale : Les Immeubles Eau-Bois. Ces terrains regroupés sous l’appellation générique du Patrimoine du lac des Six trouvèrent rapidement preneurs. Plus d’une cinquantaine de grands terrains de plus de 60 000 pieds carrés furent ainsi achetés. L’accès à ces terrains se fait en partie par le Chemin du lac des Iles et aussi par un nouveau chemin appelé Chemin J.A. Vincent. Plusieurs personnes venant d’un peu partout au Québec choisirent cet endroit paisible pour se construire une belle résidence afin d’y vivre des jours de retraite agréables.

 

Lac des Six

Une association de riverains

À l’automne 2003, alors que le chemin était dans un état exécrable, plusieurs riverains, individuellement ou par petits groupes, allaient se plaindre à tour de rôle de cette situation aux sessions du conseil municipal sans obtenir beaucoup de résultats.

Le 6 décembre, à I’invitation d’un riverain, André Houle, 35 riverains se rendaient au Centre municipal de Saint-Boniface pour y jeter les bases d’une association. Lors de la première assemblée générale qui a eu lieu le 31 janvier 2004, une quarantaine de résidents adoptaient les règlements généraux de l’association et élisaient un conseil de direction. M. Michel Lacerte en fut le premier président. Depuis ce temps, l’Association des riverains du lac Héroux et du lac des Six travaille activement à représenter ses membres auprès de la municipalité dans plusieurs dossiers dont la réfection des chemins et la préservation de l’environnement. L’association organise également plusieurs activités sociales au bénéfice de ses membres. Récemment, une seconde association a vu le jour, cette fois pour représenter les riverains du côté du Patrimoine du lac des Six.

Parmi les dossiers récents qui ont retenu l’attention des deux associations figure l’application du règlement municipal relatif à la revégétalisation des rives. En effet, les municipalités de Saint-Élie, de Saint-Mathieu et de Saint-Boniface ont décidé, à l’été 2008, d’agir de manière concertée et de mettre en place des mesures concrètes pour ralentir l’eutrophisation des lacs sur leur territoire et prévenir la prolifération des algues bleu-vert. Les associations ont été appelées à collaborer afin de faciliter la diffusion de l’information auprès de leurs membres.

Par leurs actions, les associations de riverains contribuent à la préservation des lacs qui font partie non seulement du territoire de Saint-Boniface mais aussi de son histoire.

 

 

Par Jean-Claude Racine et André Houle

Citoyens de Saint-Boniface